Chili, en canyon et à cheval

Samedi 22 janvier

Portage à dos de mulet...

De retour au pied de la cascade pour récupérer cette satanée corde coincée, Denis préfère nous attendre en bas, disant vouloir prendre des photos… mon œil oui, moi, on ne me la fait pas. Il préfère éviter le danger, la pierraille sournoise qui glisse sous vos pas, le soleil chilien qui tape fort, alors que c’est son absence qui nous a fait fuir Puerta Varras. Tant pis pour lui, on sera aussi les seconds et vraisemblablement les derniers avant un bon moment à se farcir la bonne bavante qui nous hissera au départ merdique de cette belle cascade. Nous essayons de prendre les paris sur la raison du coincement de la corde, mais personne ne relève, nous sommes unanimes à conclure qu’avec plus de 20 kg de caillasse au fond du kit, dans un joli goulet bien lisse, vertical et mouillé à souhait, ce ne peut-être que le nœud qui s’est coincé dans l’œillet de l’amarrage. Mais on a quand même pris notre corde Joker de 100m (qui n’aura jamais aussi bien mérité son nom.)

Frustrés...

Mais attention, cela se mérite, voyez plutôt. Au départ du chemin, ou en fait, de la vague sente rocailleuse et éboulementesque, nous nous équipons léger pour le portage. J’entends par là qu’il fait chaud (très), grand soleil et que nous voulons montrer le plus possible, à de notre retour dans une France hivernale, que notre corps de statue grecque a profité des bienfaits du soleil, et que, de fait, nous eussions fait de beaux mannequins pour lingerie masculine, même si les uns sont plus « Petit Bateau » que « Eminence ». Las, il s’avère très vite que de modèle masculin, nous passons dans la catégorie « crash-testeur » chez Dim. En effet, notre technique de descente, plus ou moins volontaire, aura vite raison de notre superbe, et après le test « abrasion de fondement », « passage en milieux aqueux » (avec essorage) et pour moi qui ne suis pas à l’aise dans les grandes verticales, des traces que Schumarer ou Loeb n’auraient pas dénigrées, notre engouement auprès de la gent féminine risque fort de souffrir de récession.

L'équipe devant le panneau indiquant notre cascade

Après une progression d’une bonne heure dans milieu un peu engagé, mais surtout exposé, nous nous retrouvons au départ de la 20 m. Séance « shooting tofs »… pour nous, le résultat est s-u-p-e-r-b-e, pour un peu, je m’enverrai des fleurs. Reste juste à attendre le verdict du pro.

Du départ de la C80, le pronostic se révèle enfin : on a tout tout faux. Le sac est bien au départ, bien lourd, mais pas assez manifestement, à 20 cm et/ou 5 kg près, ça partait… Le « gato nero », le chat noir de la bande, a encore fait des siennes. On raboute la Joker de 100m et c’est reparti. Arrivés en bas, on suscite déjà moins d’engouement auprès du publicque la veille… c’est dommage, je commençais déjà à tourner cabotin.

Le départ de la cascade de 80, samedi

Ce soir, on reste sur « Bagnosse Moralesse », tout petit bled paumé au fin fond d’une vallée aussi paumée, loin du tourisme de masse et du béton, quelques « cabaña », pas de commerce, l’électricité 3h par jour avec un groupe électrogène… J’adore. Et là, nous ferons une rencontre inoubliable : la patronne d’un petit bar local avec qui nous sympathisons, nous invite chez elle pour prendre un apéro insolite « à la chilienne » mais charmant, et qui s’avère être la veuve d’un andiniste célèbre dans les années 50, Carlos Gonzalez, le 1er  à avoir gravi l’Aconcagua, le Tupucando… Un Monsieur. Rosita nous sort les pages jaunies des journaux de l’époque. Emouvant, sincère et poignant. Nous nous séparons après une accolade et la promesse de nous revoir.
Dimanche 23 janvier
Ce matin (un lapin à tué un chasseur), Denis et Gilles vont grimper un peu. Nous avons bien repéré un canyon, mais celui-ci devra attendre que nous retournions sur Santiago, acheter des points d’amarrage. On en avait prévu en quantité et même plus (les détecteurs de métaux de Lyon St-Ex s’en souviennent encore) mais on a tout laissé à Richard,  à Puerta Varras. On n’y retournera probablement pas. Les voyages dans ce pays tout en longueur, sont longs, très longs, trop chronophages. Peut pas tout faire.
Je décide pour ma part d’opter pour une rando à dos de cheval, vers le fond de la vallée. Les dimensions ici ne sont pas à la même échelle que dans les Alpes. Ici, c’est le pays de la démesure. Vous voulez « faire le Mt-Blanc », pas de problème. Aiguille du midi ou St-Gervais et direct dans le bois dur. En 24 h, vous avez fait le 2ème sommet des Alpes (j’attends les réactions). Ici, déjà « a minima » 2 jours pleins d’approche à cheval ou 4×4, camps de base et ensuite ascension. Mini 5 jours AR.
Me voici devant l’engin, c’est une première pour moi (une de plus), de monter à cheval. Le « gaucho » qui ne parle pas plus français ou anglais que moi espagnol, voit tout de suite à qui il a affaire et se précipite pour m’aider à monter… vexant, car ça au moins, j’aurais pu le faire tout seul… enfin. Une solide impulsion sur ce mollet puissant,  qui bondit d’habitude de rochers en rocaille des fonds de canyons et me voici juché au faîte de l’équidé andin. Çà, c’est fait. Ensuite, ensuite en fait, le guide me met à la longe (courte, très), ce qui fait que tout au long de la balade(ou presque), je n’aurais comme proche horizon, que la croupe ondulante et lascive du bourrin qui se trouve devant mon nez. (À ce propos, Mauricette, si tu me lis…)
Au bout de 5 mn de notre train de sénateur, je me sens tout à fait en confiance. 1ère erreur. Passage du pas au trop (le petit)…ah ! Là c’est plus pareil.
– Fesses serrées ?
– Fesses serrées !
– Dents serrées ?
– Dents serrées !
– Matos rangé ?
– Matos… matos… la tuile ! J’ai oublié !
– Mayday, Mayday, Mayday… panne de stabilisation !
-Capt’ain Kirk, c’est l’bor..el… on va tous mourir !!!
– Pas de panique, enclenchement des gyrostabilisateurs !!!
Je décide immédiatement de faire faire un voyage en arrière à mes attributs virils et de leur faire faire retour à l’état prépubère. Toujours ça de sauvé. Il faut savoir tout bien ranger avant une ballade à cheval, caleçons i-n-t-e-r-d-i-t-s .Je vous rappelle l’état de ma lingerie après la journée d’hier, et mes sous-vêtements tiennent plus du sac à patates que du Wonderbras.
Le guide semble s’apercevoir de mon désarroi et se tourne vers moi, en me faisant un signe, celui du pouce levé… je lui réponds de même, c’est moi le plus vieux, je vais rien lui laisser à ce jeunot, donc je lui réponds de même, un sourire crispé fixé sur le visage. On dirait une pub pour dentifrice. J’ignorais jusqu’alors que dans les cas extrêmes, je possède une hyper laxité des zygomatiques et que seules mes oreilles empêche le sourire de faire le tour complet.  Dans le doute, le commandant de bord préfère reprendre les rênes en main et retour en mode « pas ». Nous arrivons enfin à destination, un charmant petit lac en fonds de vallée. Un pt’it pique-nique et retour.
J’ai pu admirer la technique des chevaux pour descendre les pierriers, on n’a rien à leur envier. C’est vrai que c’est raide, sérieux, et ce qui faisait sourire en mode montée, fait tout de suite moins rire côté descente… Et je ne parle pas des dévers !!!
Le guide, constantant mes progrès depuis ce matin (on est tout de même resté 3 bonnes heures en selle), décide de m’accorder le bénéfice du doute et m’abandonne les commandes. C’est tout fier que je rentre au village, les rênes en main. Gilles et Denis introuvables, le rocher doit leur plaire.
Je rentre au camping en stop, me mets au travail de frappe du blog et triage de photos en attendant le Pisco du soir. Demain Santiago, donc rien de bien passionnant en perspectives proches.
A Tchao !