Chili : en guise de rappel, notre plus beau rappel

Pour conclure un peu la fin de notre voyage, je reprends ici le récit de l’équipement de la cascade que nous avons ouvert vers Santiago. C’est le seul que nous ayons trouvé avec une « grande » C80. Les canyons ouverts à Puerto-Varras, s’apparentent en fait plus à de la « rando aquatique » qu’à du canyonnisme tel que nous pouvons le pratiquer dans le Vercors. Mais n’y voyez rien de péjoratif, c’est simplement un peu « différent ».

Devant la cascade "Salto de Agua"

« YO ! YO ! YO ! YO !

C’est fait, nous avons “estoy my la main icy là ou l’homme n’avoy jamais my le pié” . Moi, je trouve que ça fait « vieux François » du temps où il y avait encore ostre chose que des canyon à découvrir. Aussi ému que lors de l’ouverture de ma première cannette. J’en aurais presque la larme à l’œil. Sans le faire exprès, j’ai été le premier à prendre pieds dans le canyon, Gilles  le premier à équiper et Denis, le premier à descendre.

C'est parti pour 80 de descente arrosée !

Je décris la progression dans le chemin qui nous permettra d’accéder au départ du canyon un peu plus loin. Deux options se présentent. La première, choisie par Gilles, est d’équiper un petit rappel de 5 m, dans de la roche pourrie et exposée aux chutes de pierres du pierrier que nous venons de dévaler avec plus ou moins de bonheur. La seconde, la mienne, est de faire 50m de plus et de désescalader 2 ou 3 m. Mon option permet de gagner 1 mn. Pas franchement significatif, mais ça me gonflait d’enfiler mon baudard pour un rappel de moins de 10m…

Ensuite, progression dans un canyon peu encaissé, pas trop aquatique, mais avec une ambiance « colorado » assez sympa. Arrivée sur un premier rappel très joli de 15m, dans une vasque peu profonde (je crois que c’est ce qu’on dit quand l’eau vous arrive péniblement au niveau du genou). Equipement classique, gougeons-maillon-plaquette. Quelque mètres plus loin, LA descente de la cascade principale. 80 m d’un coup, avec un petit ressaut au bout de 20m. Le final se faisant plein vide sur les 5 derniers mètres. Gilles équipe une roche qui se révèle de bonne qualité. Le perfo électrique de Gilles fait merveille. Toutefois, on y mettra 3 points reliés par de la cordelette. Honneur à Denis qui part en tête. D’où on est, on ne voit pas le bout que l’on estime à un peu moins que la longueur de la corde. Ne disposant que de 100m, et n’ayant plus assez de point pour équiper un relais mouillé dans une roche que nous ne connaissons pas, Gilles et Denis décident d’utiliser la technique de secours dite « du sac lesté ». Voir ci-dessous.

Dans la grande cascade

Soudain, nous entendons par-dessus le bruit de la cascade, des hurlements ???

La corde devient molle et même en nous penchant, on ne voit toujours pas le bas… où est Denis ? En flippant un peu, (je reprécise que je ne suis pas « à l’aise » dans les grandes verticales, même si on envisage sérieusement de faire « Moulin-Marquis » dans le Vercors.), je m’équipe et part en second… mais où est Denis ? Pourquoi ces hurlements ? Corde trop courte ? Non, pas possible ! Et si Denis avait échappé le 8 ? Cela expliquerait les hurlements. C’est avec ça sous le bras que j’entame ma descente. Dés le ressaut passé, re-hurlements. Ça veut dire quoi ? Arrête, ton pote s’est planté ? Corde décidemment trop courte ? En me méfiant tout de même un peu, je poursuis ma descente. Ah ! Je vois l’arrivée… ouf ! En fait, c’est l’enthousiasme des groupies qui passaient un moment de détente dans la vasque de réception qui sont à l’origine des cris et des encouragements. Assurément, nous étions bien les premiers à « faire ça ». Je m’éloigne un peu pour voir Gilles, lui faire le signe ok ! Et il nous rejoint rapidement. Le temps de signer quelque autographes, et  nous relâchons la tension sur le brin de descente… attention, reculez, ça va tomber… ça va pas tarder à tomber… dans quelques secondes… dans un moment… peut-être ? Un jour ? Diantre ! Que dalle ! Nada !

Ben oui, la corde est restée bloquée...

Explications techniques.

La cascade se révélant plus haute que prévue, une 100m pour faire une cascade de 80m,  ça fait un peu juste (ben oui, faut bien avoir suffisamment de longueur pour rappeler : soit 2x80m (précision pour les « non-cannyonnistes »). Donc, on a essayé la technique du « sac lesté ». Vous faites partir la totalité de la corde, soit 100m, et le rappel se fera en lestant un des sacs (en principe le plus pourri), bien rempli de caillasse, sur le brin opposé à la descente. Alors, faut bien lester (mais moins que votre propre poids, ben oui ! sinon… c’est lui qui vous emmène.) Et… notre sac est toujours là haut, avec 100m de corde au bout. On y retourne demain, de par le fait.

Départ de la grande cascade

De retour au pied de la cascade pour récupérer cette *** de satanée m*** de b*** de corde coincée. Denis préfère nous attendre en bas, prétextant vouloir prendre des photos… mon œil oui, moi, on ne me la fait pas. Il préfère éviter le danger, la pierraille sournoise et vicieuse qui glisse sous vos pas, le soleil chilien qui tape fort, alors que c’est son absence qui nous a fait fuir Puerto Varras. Tant pis pour lui, on sera aussi les seconds et vraisemblablement les derniers avant un bon moment à se farcir la bonne suée qui nous hissera au départ merdique de cette belle cascade. Nous essayons de prendre les paris de « pourquoi est-ce quelle est coincée la cocorde ? », mais personne ne relève, nous sommes unanimes à conclure qu’avec plus de 20 kg de caillasse dans un kit, dans un joli goulet bien lisse, vertical et mouillé à souhait, ce ne peut-être que le nœud qui est monté un peu haut et qui s’est coincé dans l’œillet de l’amarrage. Mais, on a quand même pris notre corde Joker de 100m (corde qui n’aura jamais bien mérité son nom.)

Mais attention, cela se mérite, voyez plutôt.

Au départ du chemin, ou, en fait, de la vague sente rocailleuse et éboulementesque, nous nous équipons léger pour le portage. J’entends par là qu’il fait chaud (très), grand soleil et que nous voulons montrer plus possible, lors de notre retour dans cette France hivernale, que la quasi-totalité de nos corps de statue grecques, a profité des bienfaits du soleil, et que, de fait, nous eussions fait de beaux mannequins pour lingerie masculine, même si les uns sont plus « petit bateau » que « Eminence ». Las, il s’avère très vite que de modèle masculin, nous passons dans la catégorie « crash-testeur » chez Dim. En effet, notre technique de descente, plus ou moins volontaire, la descente à vitesse variable des pierriers perfides et sournois qui ne sait jamais comment se tenir, aura vite raison de notre superbe, et après le test « abrasion de fondement », « passage en milieux aqueux » (avec essorage) et pour moi qui ne suis pas à l’aise dans les grandes verticales, des traces que Schumarer ou Loeb n’auraient pas dénigrées, notre engouement auprès de la gent féminine risque fort de souffrir de récession.

Après une progression d’une bonne heure en milieu un peu engagé, mais surtout exposé, nous nous retrouvons au départ de la 20m. Séance « shooting tofs »… pour nous, le résultat est su-per-be, pour un peu, je m’enverrai des fleurs. Reste juste à attendre le verdict du pro.

Du départ de la C80, le pronostic se révèle enfin : on a tout tout faux. Le sac est bien au départ, bien lourd, mais pas assez manifestement, à 20 cm près et/ou 5 kg près, ça partait… le « gato negro », le chat noir de la bande, a encore fait des siennes. On raboute la Joker de 100m et c’est reparti. Comme quoi, 80m de corde dans le jus, ça fait un bon tirage. Arrivés en bas, on suscite déjà moins d’engouement que la veille…c’est dommage, je commençais déjà à tourner cabotin ! »

On plie, on rentre.