Trango Project, Pakistan

Tour de Trango (6241m – face sud)

« Eternal Flame », 800m, 7c+ ou A1/A2, 6c+ obligatoire

Romain Jennequin
243 route des Bossons
74300 THYEZ
Tel : 0676930278
Mail :

« 30 somptueuses longueurs de corde sur un granite de rêve pour gravir une montagne extraordinaire: « Flamme Eternelle » est tout simplement la plus belle voie d’escalade en montagne du monde ! »

Cela fait presque un an maintenant que ces mots ont résonné en moi comme un coup de tonnerre… « La plus belle voie du monde », vous imaginez ! Je refermais ce bon vieux bouquin d’Arnaud Petit et Stéphanie Bodet et le mettait précieusement de côté pour le montrer à Flo la prochaine fois que je le verrai… C’est parti !!!

Le 10 juin, après 30 heures de bus, de train et d’avion, nous arrivons à Islamabad, capitale du Pakistan. Il est 2 h du matin. Nous prenons la journée qui suit pour nous reposer et régler les derniers détails avec la compagnie « North Pakistan ». L’avion que nous avions réservé pour rejoindre Skardu ne décollera pas demain. D’ailleurs, il ne décollera pas de la semaine. Eh oui, il peut faire beau à Islamabad et mauvais plus loin… Finalement, nous faisons la connaissance de notre driver fou, celui qui nous mènera en deux jours de route à Skardu. Nous y passerons la soirée avec les aventuriers du Latok 2 qui reviennent avec une belle ouverture. Les nouvelles ne sont pas très réjouissantes, beaucoup de neige et pour l’instant les créneaux de beau temps ne sont pas monnaie courante… Inch’Allah nous verrons bien !

C’est après une dernière journée de jeep que nous arrivons à Askole. Ce petit village moyenâgeux sera le dernier avant le trek qui nous mènera en trois jours au camp de base. Ici, on vit du tourisme et de l’agriculture, du blé notamment. L’argent ne manque pas et malgré tout la culture ne nous laisse pas indifférents : il n’est pas rare d’observer femmes et enfants faire la vaisselle ou se laver dans le même canal où ils ont fait leurs besoins ou jeté un crâne de yak à peine dépecé une heure avant !

Jula. C’est là que nous faisons escale après une première journée de marche. Un repos bien mérité pour nous mais surtout pour la mule d’une deuxième expé qui part au K2. Après avoir dévalé 100 m de dénivelé et sauté quelques barres, elle fini sa course dans un fleuve bien rafraîchissant… Les bagages et la mule seront sauvés in extremis, respect aux porteurs !

Après une nuit passée à Payru, sorte de « camp de base » des porteurs où l’on attend sa mission, nous nous engageons sur le Glacier du Baltoro. Puis celui de Trango. Après neuf jours de voyage, nous arrivons enfin au camp de base… ou presque ! Un énorme sérac qui se détache de Great Trango dévale tout le couloir d’approche juste sous nos yeux ! Après avoir atteint presque deux cents mètres de haut, l’aérosol dévaste le camp de base de Trango et nous plonge dans un nuage pour le moins rafraîchissant… Et si on s’installait plutôt sur le glacier?

Après quelques heures de terrassement, histoire d’être confort, nous préparons les sacs : demain sera le jour du premier portage.

Jour 1: Shifa, notre guide local, nous aide pour les portages et il est le bienvenu… A trois nous effectuons tout de même un premier portage de 18 kg et un second à 20 kg chacun. C’est à une allure d’escargot que nous montons ce couloir de 1200 mètres jusqu’au camp avancé, à 5300 mètres.

Après les « Magic muschrooms » d’Alaska, ce sont les longueurs 4 et 5 du départ de la Slovène qui nous réservent leurs champignons bombardiers. Il fait beau le premier jour et ce serait génial si ce beau et chaud soleil ne faisait pas fondre et dégringoler ces amas de neige… Après la vague sensation d’avoir été pris pour une cible se baladant dans un no man’s land, nous faisons demi-tour. Ça craint trop pour le moment. Nous fixons la première longueur, we’ll come back tomorrow

La deuxième journée se résumera à un semblant de la première. Nous ne fixons qu’une longueur de plus. Finalement, le temps se mettra « enfin » au mauvais et nous en profiterons pour accéder et fixer le camp 1. Au programme : de belles fissures de rocher… remplies de glace et recouvertes de neige !

Après quelques jours de repos, nous repartons pour l’assaut final. Quelques jours de beau temps auront permis au bouclier d’Eternal Flame de sécher. Nous arrivons devant un océan de granite rayé par des fissures parfaites. Après une approche par la voie des Slovène, notre voie proprement dite commence ici. Il est tôt lorsque nous arrivons au pied et nous en profitons pour fixer les trois premières longueurs en 7a- 7a+. L’escalade se déroule bien, ces fissures à mains offrent de très bons verrous et nous protégeons quand bons nous semble. Une vraie sensation de liberté !

Lorsque nous redescendons à l’épaule, nos amis Iraniens sont là. La soupe est chaude ainsi que le thé qui accompagne les sneakers et fruits secs qu’ils nous ont préparés. Des vraies mères poules !

La météo annoncée n’est pas très bonne pour les prochains jours et nous repartons le lendemain avec le seul objectif de fixer le camp 2. Nous commençons donc par remonter au jumar les trois longueurs fixées la veille puis, après un petit 6c+ d’échauffement matinal, nous arrivons au premier crux de la voie : un long 7b de 45m parsemé de neige ci et là. Lorsque j’arrive en haut après avoir enchaîné à vue, je laisse exploser ma joie pour une petite photo « no foot ». Cet enchaînement me réconforte et je repars optimiste pour la suite : je dois continuer à me battre et tenter le maximum de longueurs à vue.

Un 6b+ cheminée en mode verglas nous mène au dernier mur déversant avant le camp 2. Du relais, nous apercevons la variante « Pou », une fissure en 8a digne des plus grands westerns… Je préfère assurer le coup et tenter ma chance à gauche. Ici, la voie originale propose de rejoindre la vire en deux longueurs : une en 7a+ et enfin un 6c+. Je me bats à une allure de paresseux dans cette dernière. Elle est remplie de glace. Je dois d’abord la casser avec mes doigts puis la jeter avant de pouvoir placer un verrou, et ainsi de suite… Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour ne pas faire le saucisson !

Jour 3 : c’est un petit mal de crâne qui m’attend lorsque nous remontons au camp 2 : une petite sieste et une bonne hydratation s’imposent. J’avoue que je resterais bien là à dormir mais nous avons encore quelques longueurs à fixer pour le  lendemain. Flo est présent et il me remotive à bloc ! C’est reparti ! C’est de la tente qu’il m’assure quand je me lance dans le 6c+ qui domine la terrasse.

Les encouragements de Flo et de nos amis Iraniens qui nous voient du camp 1 me donnent des ailes. Un beau combat et j’arrive au relais après avoir enchaîné à vue. Flo me rejoindra et s’offrira la longueur en second pour son anniversaire… Un beau cadeau pour ses 25 ans !

Nous rejoignons la « Snow ledge » pour un bon dodo : demain c’est le jour du sommet ! La dernière partie, comprise entre 6000 et 6241m, nous réservera les deux longueurs les plus dures de la voie, deux fissures en 7c et 7c+. Celles-ci, seulement enchaînées par Denis Burdet en 2003, me laissent perplexe… Ne me faisant pas d’illusion quant à mes chances d’enchaîner ces deux crux à vue, nous préférons partir très tôt pour assurer le sommet.

Après une bonne onglée en fin de 6c+ d’échauffement matinal, je décide d’échanger mes chaussons pour les grosses. C’est donc en artif que je me lance pour les deux fameuses longueurs. L’enchaînement total à vue sera pour quelqu’un d’autre…  Après deux belles longueurs en 6c+ et 7a+, nous retrouvons de la neige dans les longueurs. Un bout de mixte facile nous mène au pied des trois dernières longueurs avant le sommet. Désormais les fissures pleines de glace s’aborderont crampons aux pieds et pioches à la main…

La neige recouvrant la glace et le rocher ne rendra pas les choses faciles mais après moultes ripettes de crabes et quelques instants de suspense, nous arrivons au dernier relais. Flo signera la voie depuis ce spit placé il y a maintenant plus de vingt ans tandis que je m’acharnerai à faire les quinze mètres de traces qui nous séparent du sommet…

« Eternal Flame » restera à jamais dans mon cœur comme le paradis de la fissure ! »

Synthèse du projet initial : l’objectif était de tenter un maximum de longueurs à vue et de grimper en libre la voie. Si le temps le permettait ensuite, nous voulions ouvrir une petite voie aux alentours…

Nous nous sommes acclimatés une première fois en faisant les portages du matos dans le couloir. Une seconde en fixant le camp 1. Avec le mauvais temps et les mauvaises conditions, cela a déjà pris beaucoup de temps. Finalement, nous mettons 4 jours pour atteindre le sommet lors du dernier assaut. Romain enchaîne toutes les longueurs à vue sauf deux (7c et 7c+) donc content, objectif atteint. Flo remonte la voie au jumar sauf 5 longueurs qu’il enchaîne en second (7a+, 7a, 7a+, 6c+, 7b/+). Une fois redescendus, il ne nous reste que quelques jours, nous visitons les glaciers alentours…

Chronologie :

  • 8 au 10 juin : voyage pour Islamabad.
  • 11 juin : départ pour Chilas
  • 12 juin : départ pour Skardu
  • 13 juin : Départ pour Askole
  • 14 juin : trek pour Jula 15 juin : trek pour Payru
  • 16 juin : trek pour camp de base
  • 17 juin : repos
  • 18 juin : premier portage à 5100m
  • 19 juin : repos
  • 20 juin : second portage, nous dormons au camp avancé
  • 21 juin : tentative pour fixer le camp 1
  • 22 juin : tentative pour fixer le camp 1, on dort au camp avancé
  • 23 juin : nous redescendons, repos
  • 24 juin : repos
  • 25 juin : repos
  • 26 juin : repos
  • 27 juin : nous montons au camp avancé
  • 28 juin : on fixe L3 à L6 avant le camp 1
  • 29 juin : nous fixons le camp 1 et redescendons pour dormir au camp avancé
  • 30 juin : descente du couloir, repos
  • 1 juillet : repos
  • 2 juillet : repos
  • 3 juillet : nous montons au camp 1 et fixons trois longueurs au-dessus
  • 4 juillet : nous atteignons et fixons le camp 2
  • 5 juillet : nous montons au camp 2 et fixons deux longueurs au-dessus
  • 6 juillet : nous atteignons le sommet
  • 7 juillet : redescente
  • 8 juillet : repos
  • 9 juillet : repos
  • 10 juillet : visite de Shipton Spire
  • 11 juillet : début du retour, nous prenons l’avion le 20.

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