CR expé : « Deep in Baffin 2014 », Canada

Compte rendu de l’expédition menée par Thibaut Lacombe, François Kern, Rémi Loubet, Damien Fayolle en Terre de Baffin, Canada, du 20 avril au 20 mai 2014

Entre avril et mai 2014, Thibaut Lacombe, Rémi Loubet, Damien Fayolle et François Kern sont parti en Terre de Baffin, dans l’arctique Canadien. Une équipe de skieurs, grimpeurs, alpinistes, traileurs, photographes, mais surtout d’amoureux de la montagne et des voyages.
Une expédition de 28 jours en autonomie complète dans les immenses fjords de l’île avec pour objectif de découvrir de nouveaux couloirs et de les skier. Autres objectifs de l’équipe, découvrir un monde encore épargné par l’homme, où tout est à imaginer entre les falaises à grimper, les couloirs à skier, les sommets d’où contempler, le temps à regarder passer. Vivre un voyage différent surtout, et en rapporter des images et un film.
Au programme donc, la vie sur la banquise, avec les animaux polaires, la nourriture lyophilisée, les falaises de granit sans fin, le froid, le vent, la rencontre des inuits, les journées de marche en pulka, l’isolement, la glace.

Chronologie

15 camps, 11 couloirs et ... 250km à tirer les pulkas!
15 camps, 11 couloirs et … 250 km à tirer les pulkas !

Jeudi 17 Avril :  Levés 3 h 30, la mère et le frère de François nous emmènent à Lyon depuis Corenc. Nous prenons l’avion jusqu’à Bruxelles où nous voyons notre avion pour Montréal disparaitre des écrans… Reporté au lendemain 7 h, nous passons donc le reste du temps à l’hôtel 4 étoiles. Cette “avarie technique” nous coûte 2 jours et 600 dollars.

Vendredi 18 Avril : Lever 3 h 30 pour prendre l’avion à 7 h. Nous sommes divisés en deux groupes pour le trajet jusqu’à Ottawa. Isa (néo canadienne-copine de Lucile) nous propose de nous loger malgré notre cargaison. Eric, un bénévole de l’aéroport nous aide avec son wagon pour transbahuter nos affaires jusqu’à l’appartement d’Isa et Marc dans le centre. Nous visitons la ville à pieds. Nous finissons la soirée devant des pizzas et le match de hockey. Nous nous endormons devant un match de freefight après 24 h de veille.

Samedi 19 Avril : Très bonne nuit sur le canapé d’Isa. Le décalage horaire nous impose un réveil très matinal. Nous commençons donc la journée par une balade dans l’air frais d’Ottawa (il reste encore de la glace le long des cours d’eau!).
Nous passons ensuite la matinée à compléter nos courses: 12 kg de charcuterie, 44 kg de muesli… dans une très grande surface bondée. L’après midi est entièrement consacrée au découpage et conditionnement journalier des victuailles. Nous passons nos sacs à 32 kg (norme sur la compagnie First Air).
Nos bagages:
– 8 duffles bag de 30 kg
– colis ski (5 paires) 30 kg
– tout le muesli est réparti dans des bidons (4)
– 2 bidons sont remplis par des rations journalières de 100 g de charcuterie + 100 g de fromage (dont la moitié de Beaufort de Tarentaise) conditionnées dans des ziplock.

Dimanche 20 Avril : Christophe, un ami d’Isa nous emmène à l’aéroport avec son pick up pour 7 h. Nous atterrissons d’abord à Iqaluit (capitale du Nunavut) où nous rencontrons Michèle de l’expé anglaise.
Levi Palituk est venu nous chercher à l’aéroport. Nous campons à proximité de sa maison. Nous sommes enfin immergés dans le froid! Nous nous couchons à minuit après avoir préparé le grand départ.

Lundi 21 Avril : Nous nous levons à 7 h pour un départ en motoneige à 10 h 30. Levi nous prête discrètement une carabine 9mm. Nous croisons de nombreuses traces d’ours, dont une avec du sang tout autour. Nous pique-niquons au dos d’un iceberg (nous comprendrons plus tard l’intérêt de faire fondre de la glace d’iceberg plutôt que de la neige de surface). Nous arrivons à l’endroit voulu dans Clark Fjord à 20 h. Le montage du camp, de la ligne anti-ours et la fonte de la neige est longue… nous nous couchons à minuit et demi à l’heure ou quelques étoiles apparaissent.

Mardi 22 Avril : Nous avons repéré un joli couloir sur l’autre rive du Fjord, la traversée prendra 1 h 30… Les parois qui nous entourent sont gigantesques. Notre couloir est long de 800m et présente une pente de 40 °. C’est une très bonne entrée en matière, en douceur. Nous passons un long moment en haut, sur le plateau, à admirer la vue. La descente, en neige dure, est rapide.
Nous cassons au piolet un fromage brie qui a gelé sur le sommet d’un bidon.
Brigitte 4.2: 71,10329°N 71,969679°W

Mercredi 23 Avril : Réveil tardif ce matin… 10 h 30 (il est difficile de se repérer dans le temps sous la tente puisque le soleil se lève à 3 h). Nous bricolons-déjeunons jusqu’à 15 h où un bon coup de vent nous surprend.
Nous nous dirigeons ensuite vers un couloir qui entaille la paroi qui domine le camp. Nous avons organisé la journée de sorte à le descendre à 20 h, pour y trouver la lumière du soir. Il est très beau, il serpente (branche de droite) sur 800 m de D+. Nous passons un ressaut mixte au premier tiers (rappel à la descente-20m). Nous l’appelons “Dead Leaming” en référence à la mascotte trouvée par François le matin même sur la banquise. Couché minuit.
Dead Leaming 5.1: 71,069308°N 71,916273°W

Jeudi 24 Avril : Levé 9 h 30 après un réveil à 7h pour brancher le panneau solaire (accumulateur dans le duvet). Nous partons à 13 h avec les 8 pulkas et les chaussures Adidas aux pieds. Quel plaisir de tirer toutes ses affaires sur deux belles pulkas bien rangées! La banquise est facile, il n’y a peu ou pas de neige, la météo quant à elle s’est dégradée, nous avançons dans la tourmente.
Nous apercevons deux trous de phoques, nous allons en voir un. Comment les creusent- ils? Arrivé à 18h15 au camp.
Camp 2: 70,98926°N 72,103291°W

Vendredi 25 Avril : Nous visons le couloir au-dessus du camp (nous essayons à chaque fois de poser le camp lorsque nous repérons de belles pentes à skier). La lumière n’est pas de la partie mais le couloir est magnifique et d’une longueur inespérée… 1100 m. Il n’y a pas de ressauts, et il serpente de gauche à droite en nous laissant à chaque fois un suspens pour savoir si nous sommes dans un cul de sac. Mais non, il débouche lui aussi sur le plateau!
De retour au camp nous trouvons l’accu du panneau solaire chargé à 100 %… Nous nous permettons donc une petite soirée cinéma sur la tablette. Grand luxe!
Le Crabe Fuyant 5.2: 70,996413°N 72,150667°N

Samedi 26 Avril : Nous finissons de plier le camp à 12H20, pas terrible.
Nous parcourons le fond de Clark Fjord en direction de Gibbs Fjord. Nous posons le camp en 1 h 15 à l’extrêmité W de Sillem Island dans le rétrécissement.
Le montage du camp est long, nous passons beaucoup de temps à percer les ancrages de la tente et les trous de l’alarme anti-ours à la broche à glace.

Dimanche 27 Avril : C’est dimanche, nous profitons de la matinée pour faire des plans ou nous mettons en scène notre mascotte Dead Leaming. Nous bricolons la carabine (pas de toute première jeunesse) et nous nous entrainons au tir également.
Nous faisons ensuite le couloir qui domine le camp. Il n’est pas très raide, mais débouche sur un très joli lac.
The Flying Rabbit 4.3: 70,848545°N 72,225378°W

Lundi 28 Avril : Nos réchauds nous font des misères, nous passons une grande partie de la matinée à les bricoler pour pouvoir faire notre eau. C’est du très bon matériel mais il faut que nous soyons plus réguliers et sérieux sur l’entretien. (ils tournent tout de même 4 heures par jour!)
Nous marchons face au vent en alternant glace vive et gros chaos de blocs. Nous voyons beaucoup de traces d’ours fraiches et l’aspect tourmenté de la banquise ne nous met pas en confiance… nous nous attendons à tomber nez à nez avec un ours à chaque détour de glace. Nous ne ferons donc pas le couloir que nous avons repéré la veille depuis le petit lac.
Nous pénétrons dans Gibbs Fjord, nous nous y arrêterons que très tard car il y a beaucoup de vent, il décape la neige tout autour de nous, celle qui est indispensable pour produire notre boisson.
Nous montons finalement le camp près d’une congère et par grand vent, nous brochons au fur et à mesure du dépliage des tentes.
Camp 4: 70,82364°N 71,893706°W

Mardi 29 Avril : Le ciel s’est bien couvert après la petite tempête de cette nuit. Il neigeotte au réveil. La météo semble s’améliorer, nous partons pour un large couloir qui ne cessera de se refermer… jusqu’à un cul de sac… 1200 m plus haut. Surprise le haut est en poudre! Cette micro tempête aura eu du bon finalement.
Nous étions partis pour faire un petit couloir… décidément sur cette île tout est surdimensionné, nous ne parviendrons jamais à estimer les distances horizontales et verticales.
Mel Gibbs Fjord 5.2: 70,834575°N 71,953444°W

Mercredi 30 Avril : Le vent souffle fort, le baromètre a beaucoup baissé. Nous nous levons tôt, la neige qui entoure le camp, peu épaisse, est très salée et la boire nous débecte. François part donc chercher de la neige de la rive avec 2 pulkas.
Le temps est (relativement) chaud et humide, nous filons vers un couloir voisin de celui de la veille en espérant qu’il débouchera. Ça sera le cas, nous débouchons sur le plateau glaciaire après 1300 m de remontée, mais le brouillard et la neige tombante ne nous permettent pas d’apprécier la vue. Nous skions la première partie dans une poudreuse de cinéma.
Cantal 5.1: 70,84319°N 71,948675°W

Jeudi 1 Mai : Le vent souffle toujours assez fort, nous hésitons à refaire un autre couloir sur l’autre rive ou à plier le camp. Nous partons finalement, et nous passons devant de beaux couloirs dans Gibbs Fjord. Mais il ne serait pas raisonnable de s’arrêter, nous devons avancer.
À la fin de la journée nous apercevons Scott Island. Demain nous pourrons atteindre la Stewart Valley.
Encore du vent ce soir, nous allons chercher de la neige sur une rive. Les traces d’ours (femelles, oursons et gros mâles) sont nombreuses.
Camp 5: 70,880222°N 71,483817°W

Vendredi 2 Mai : Pour la première fois nous mettons les peaux et les skis pour nous déplacer. Une belle couche de neige recouvre la glace de mer. Nous rentrons dans la Stewart Valley. C’est impressionnant, nous remontons un cours d’eau estival immobilisé dans une belle glace bleue transparente. La glace en pente, c’est assez déconcertant. Nous mettons le camp sur une belle glace, pour une fois, c’est de l’eau douce et nous pourrons donc la faire fondre.
Camp 6: 70,817057°N 71,1846443°W

Samedi 3 Mai : Nous évoluons encore une fois sur de la glace d’eau douce bleue. La matinée a été consacrée aux photos et aux jeux sur la glace. Le relief se redresse à mesure que nous avançons, de très belles parois nous entourent à nouveau. Nous posons le camp en 40 minutes, c’est un record! Nos organismes et nos estomacs sont maintenant habitués au froid et au rythme, nous mangeons dorénavant nos rations complètes (5000 kcal/jour)
Camp 7: 70,701081°N 71,510848°W

Dimanche 4 Mai : Le début de l’étape se déroule sur un lac en glace bleue, nous avançons à des vitesses folles. Les difficultés commencent au bout du lac: de 14 h 30 à 20 h nous franchissons 2 km de moraines. Nous séparons les pulkas, portons, poussons et …cherchons les meilleurs passages. Nous dormons dans Sam Ford Fjord.
Camp 8: 70,608603°N 71,561491°W

Lundi 5 Mai : Nous démontons le camp après avoir fait quelques interviews. Nous apercevons les Anglais dans un couloir, puis c’est leur camp qui s’offre à nos yeux. Nous y retrouvons Michèle, ses compères nous y rejoignent. Ils nous racontent le déroulement de leur expé.
Nous partons en fin de journée pour le couloir de Broken Dreams, les Anglais nous suivent. Le ressaut est passé en rappel.
Camp 9: 70,591256°N 71,480001°W
Broken Dreams 4.3: 70,58643°N 71,499166°W

Mardi 6 Mai : Nous nous levons tôt, et nous nous dépêchons pour regagner le couloir de l’autre côté du Fjord. Nous sommes en plein soleil, dans un four. Le couloir a commencé de réchauffer dès 3h du matin et puisqu’il est très bien exposé nous y trouvons de la neige ramollie qui colle à nos crampons (on n’avait pas prévu d’antibotte) Nous ne parvenons pas à réaliser sa longueur… encore une fois nous nous attendions à un couloir court… Il fait en fait 1450 m.
En rentrant au camp, nous faisons le compte de nos provisions. Bizarre, une quinzaine de plats lyophilisés de dessert ont disparu! (ce mystère n’est, à ce jour, pas élucidé… la théorie la plus communément admise accuse notre mascotte Dead Leaming qui aurait disparu en même temps que les desserts).
Jean Mi 5.1: 70,620639°N 71,495733°W

Mercredi 7 Mai : Journée off. En effet, depuis le début nous avons bien enchainé. Nous pensions être gênés tôt ou tard par la météo, pour l’instant il n’en est rien.
Grasse matinée puis balade dans la baie en direction du couloir de Guy Mattey.
Vers 18h nous partons finalement vers le couloir au-dessus du camp. Nous nous partageons en deux binômes, l’un fera le couloir, le deuxième filmera depuis le bas.
5.1 70,586769°N 71,4727°W

Jeudi 8 mai : Nous quittons notre camp à proximité des anglais pour nous diriger vers Beluga Mountain. Vers 15 h 30, nous attaquons Polar Star, le mythique couloir.
C’est bien raide et magique. Le haut est en glace, il nous manquera 50m pour atteindre le col. La descente est fantastique.
Nous montons le camp à 20 h 45, heureux de conclure par cette ligne.
Camp 9: 70,554788°N 71,196187°W
Polar Star 5.2: 70,557531°N 71,273091°W

Vendredi 9 Mai : Nous filons finalement en direction de Swiss Bay. Nous apercevons de nombreuses traces de gros mâles. Sur la plage au fond de la baie, nous trouvons une zone d’eau libre. Le cours d’eau qui nous permet de remonter la Revoir Pass est recouvert d’une glace fragile. Nous passons souvent à travers, les premiers effets du printemps se font sentir, nous mouillons quelques affaires. Pour la première fois nous dormons sur de l’herbe.
Camp 10: 70,498015°N 70,862709°W

Samedi 10 Mai : Nous partons en fin de matinée à travers une plaine facile à skier, la neige se brise comme de la vitre.
Un joli couloir nous appelle sur la rive droite. Il est finalement très raide sur le haut, il ressemble à un grand toboggan. Nous dormons au pied sur un lac.
Camp 11: 70,484775°N 70,690575°W
Un dernier pour la route 5.3: 70,477204°N 70,683705°W

Dimanche 11 Mai : La redescente sur Eglington Fjord est finalement assez facile. Il reste suffisamment de neige pour passer après les lacs.Nous croisons notre première grande nappe d’eau libre. Nous avançons rapidement sur la glace par cette belle journée.
Nous dormons face à l’Ayr Pass, François part en repérage, ça n’a pas l’air facile.
Camp 12: 70,495955°N 70,295511°W

Lundi 12 Mai:
Après un lancer à pile ou face, nous rebroussons chemin face à l’Ayr Pass. Nous passerons par la mer. Nous pique-niquons (et oui le froid est maintenant moins vif, nous pouvons nous accorder de vraies pauses de midi) au bord d’une grosse fissure dans la banquise. Nous faisons de nombreux plans caméra sous l’eau après avoir cassé la fine couche de glace.
Nous apprécions pour la première fois l’épaisseur de glace.
Camp 13: 70,62621°N 70,31046°W

Mardi 13 Mai: Nous dormons à l’embouchure d’un très large fjord. Nous sommes au coeur d’une immensité glacée. Pour la première fois nous visons un point le matin et nous partons droit sur lui. Il nous faudra la journée pour l’atteindre. Nous posons le camp dans une petite baie à partir de laquelle nous partirons dans les terres.
Camp 14: 70,688451°N 69,860637°W

Mercredi 14 Mai : Il floconne au réveil. Nous trouvons rapidement une grande cabane Inuit sur le bord de la baie. Des cadavres de phoques sont laissés à la merci des goélands. Nous avançons désormais sur une piste de motoneige. Nous y croisons un jeune Inuit qui part à la chasse aux phoques. Il nous montrera sa prise à son retour le soir à 23h. À cette période de l’année, les Inuits évoluent sans se soucier de l’heure, ils ne dorment que quelques heures par jour sous forme de siestes.
Camp 15: 70,619433°N 69,52589°W

Jeudi 15 Mai : L’ambiance estivale pousse certains d’entre nous à dormir à la belle étoile. La suite de la journée se déroule en suivant les traces de motoneige. Nous croisons un convoi de trois motoneiges qui vont installer un camp pour les étudiants Inuits. Les descentes avec les pulkas sont ludiques et faciles.
Camp 16: 70,548401°N 68,997045°W

Vendredi 16 Mai : Le temps est maussade. Finalement nous nous rapprochons vite de Clyde River. Nous y serons à 19h. Les enfants sont cette fois-ci bien curieux.

Samedi 17 Mai : La journée s’écoule sous le beau temps à Clyde River. Nous rencontrons beaucoup de monde. Les enfants sont un peu collants mais super sympa.

Dimanche 18 Mai : Nous sommes réveillés ce matin par deux jeunes filles du village qui nous ont confectionné des moufles en peau de phoque. Le message est passé par le réseau radio du village. Nous transférons nos affaires dans la maison de Lesli. Mais il neige… espérons que notre avion décollera demain.

Le teaser du film de l'expédition
Le teaser du film de l’expédition

 

Laisser un commentaire