BE2016 | “Linea blanca en Cordillera Blanca”, Pérou

Linea blanca en Cordillera Blanca

Pérou – 20 avril au 25 mai 2016

La fine équipe :
Robin Coullet
, 27 ans, BE escalade, aspirant guide, Vallouise 05
Antoine Avenas
, 25 ans, aspirant guide, cordiste, Propiac 26
Simon Cauty
, 28 ans, guide de haute montagne, Saint-Martin-de-Queyrieres 05
Jonathan Isoard
, 25 ans, guide de haute montagne, Gap 05

Par Jonathan Isoard

Exercice difficile que de narrer un voyage comme celui-ci. Nous sommes partis à quatre, avec quatre visions différentes de la chose, et avons chacun vécu à la fois le même voyage et notre propre voyage. Un peu comme vous, qui lirez la même histoire sans pour autant en retenir la même chose…

Cinq semaines de vie

Un voyage c’est après tout des bons souvenirs (enfin souvent…) mais avant tout, qu’est-ce que c’est chiant ! Ça commence par regrouper tout le monde, faire les sacs, rouler jusqu’à l’aéroport le plus proche (enfin le moins cher…), attendre que le guichet d’enregistrement ouvre, y faire la queue, s’enregistrer, faire la queue au contrôle, se faire contrôler, faire la queue à l’embarquement, embarquer, attendre le décollage, décoller enfin… puis ça enchaîne avec l’attente de l’atterrissage, atterrir (dans le meilleur des cas…), récupérer ses bagages… et nous, en plus, on a eu droit à deux tours d’avions et 8 heures de bus pour Huaraz… et je ne vous raconte pas comment ça finit ! Bref, faut pas croire, on grimpe, on rit, on fait des belles photos mais ça reste comme dans la vie, parfois c’est long !

Heureusement, bien choisir ses acolytes permet d’atténuer un peu l’ennui induit par les temps de latence. La recette ? Homogénéité passionnelle du groupe (la montagne, pas les filles…), hétérogénéité caractérielle de ses membres ! Débats, disputes, et incompréhensions comblent autant les trous que les récits d’ascensions ou l’échange autour de futurs projets, et, dans notre cas, le mélange ne pouvait pas être pire (ou mieux…) ! Tous quatre guides de haute montagne, nous sommes pourtant bien différents : Antoine, dit “le Bûcheron” ou “le mètre cube”, fait souvent rire (et souvent malgré lui) ; Robin, créateur d’inertie, et accessoirement photographe du groupe, ne cesse de nous mettre en scène dans des scénarios improbables ; Simon, misanthrope passionné et passionné de débats (stériles), distille allègrement ses vapeurs éthyliques tout au long de la journée. Quant à moi (qui déteste les gens qui ont un “quant à moi”), Tough, le prétentieux potentiel, je me contente de briller par mon intelligence (en m’enfonçant périodiquement dans un mutisme des plus profonds).

Bref, tout un mélange de grands, barbus ou non, de petits, frisés ou non, de lève-tôt et de couche-tard… mais tous animés par une même passion : la montagne !

Les alpinistes vont mourir au Pérou

Deux ou trois jours des plus intenses à Huaraz suffisent à Antoine pour choper une bonne turista, et au reste du groupe pour n’avoir plus qu’une seule envie : partir ! Décision est prise d’aller grimper à Hatun Matchay, superbe site d’escalade au rocher volcanique exceptionnel, perché à 4 200 m d’altitude, idéal pour l’acclimatation. Le premier jour, impossible de dire s’il est plus dur d’enchaîner un 6a ou de remonter les 100 m de dénivelé qui séparent les secteurs du refuge… Le premier soir, fidèle à ma réputation, je restitue l’intégralité de mon délicieux repas en signe d’offrande à la “Pachamama”. Celle-ci, dès le lendemain, se montre plus clémente, et mon geste profite à l’ensemble de la bande. Nous empilons joyeusement les longueurs jusqu’à 7b, gambadant d’une voie à l’autre dans les hauts et verts pâturages d’un cadre quasi mystique.


Le troisième jour, les écarts se creusent : six voies pour certains contre un 6a et demi pour Antoine.
Le quatrième jour, grosse journée de grimpe pour le trio de choc alors qu’Antoine reste couché. Mais finalement, c’est tout de même lui qui l’emporte sur un coup bas, puisqu’il arrive à faire avorter le séjour grâce à une tentative de suicide au MAM (Mal Aigu des Montagnes). Fallait oser…

En effet, de retour de notre fructueuse journée d’escalade et encore pleins d’allégresse, imaginez notre sidération lorsque le corps d’Antoine apparaît sous nos yeux : l’œil vitreux, le regard absent, le discours plus incohérent encore qu’à l’accoutumée (à la question “Tu as bougé aujourd’hui ?”, sa seule réponse a été : “J’ai pris le volant”)… Notre ami est plongé dans la stupeur la plus totale et nous, sommes au fin fond du Pérou, dans un sombre endroit sans même la 3G. Quelle angoisse ! Une demi-heure de marche pour passer un coup de fil à un taxi (90 Soles ou 30 €), deux heures à attendre qu’il arrive, en vain, puisque “la communauté” locale, embrouillée avec les gardiens du refuge, n’a pas eu d’autre idée que de couper la piste d’accès ! Après moult péripéties et la confection d’un brancard de fortune (réalisé, nous l’avons su plus tard, à l’aide du crash-pad qu’un pote s’était fait “acheter/voler” par le gardien quatre ans plus tôt), nous traînons le corps jusqu’au taxi, qui se permet, une fois notre ami mourant à l’intérieur, de réclamer 150 Soles de dérangement. Après une rude négociation se limitant à un “OK”, Robin se glisse dans la voiture et gère la situation jusqu’à la clinique San Pablo de Huaraz, où les soins prodigués sont à la hauteur des magnifiques pantoufles qu’ils y distribuent.

Attention, un projet peut en cacher un autre ou « El infierno blanco de los nuevos Incas »

Un sauvetage in extremis et quelques jours de repos à la capitale de l’andinisme péruvien plus tard, et nous voilà repartis tous les quatre pour le Taulliraju !

Malheureusement, celui-ci n’a pas oublié d’être sec (on n’a pas vu saison humide plus sèche depuis 1432)… Alors on se rabat sur le tout proche Chacraraju (sept heures de marche tout de même dans des moraines infâmes …) où l’on a repéré une ligne lors du trek d’approche. Aucune info, mais une arête effilée semble mener à une raide ligne de glace rayant le bastion final ! Deux ou trois jours d’ascension paraissent nécessaires, s’y ajoutent un de descente, un d’approche et un de retour, soit cinq ou six jours. Ça promet un beau combat en style alpin, et ça comble un peu la déception d’être au pied d’un Taullijaru dénudé de sa parure de glace. Motivés et obnubilés par ce sommet rayonnant en pleine lumière, nous partons le surlendemain de notre arrivée au camp de base… Ah non, Robin tombe malade et nous attendons un jour de plus. Impatients, nous filons à trois, Antoine, Simon et moi, abandonnant lâchement le 4e mousquetaire.

Petit bivouac à 4 800 m, au pied de la face, sur un glacier bien sec… Et à la « belle », parce que, sans tente, c’est plus light et on voit bien mieux les étoiles. On essaye vaguement de se faire un lyoph, mais c’est presque comme en chimie : “rien ne se perd, rien ne se créer, tout se transforme”, sauf qu’ici, rien ne se transforme…
Au réveil, nous sommes le 6 mai, le givre s’est généreusement répandu sur nos duvets et nous attaquons l’ascension du Chacraraju Ouest (6 112 m) par l’arête Nord/Nord-ouest.


1 300 m nous séparent du sommet, 700 pour l’arête et encore 300 pour le bivouac espéré. Nous démarrons tranquillement, jusqu’à ce que le lever du jour nous rattrape. La face chauffe alors rapidement et très vite nous nous retrouvons bombardés de missiles granitiques : il est temps d’arriver sur l’arête !


Quatre heures après le départ, nous y voilà. MAGNIFIQUE ! L’envers du décor est splendide, avec vue sur le lac Parron et le Sphinx, l’ultime projet de notre expé. Et, surtout, cette arête qui se découpe devant nous, avec ses corniches monstrueuses ! Le bastion final n’est pas tout proche, mais nous sommes heureux de découvrir de la VRAIE glace dans un renfoncement que nous devinions seulement jusque-là. Sept heures sont nécessaires pour atteindre le bivouac à 5 800 m.

La journée rondement menée par Simon fut éprouvante psychologiquement. Aucune longueur vraiment technique, mais sans jamais mettre aucun point entre les relais, dans une neige qui perd toute cohésion au moindre coup de piolet. Et sans cesse de courts ressauts raides à franchir avec la corde qui flotte sur 60 m. Ô combien de “Putain mais c’est l’enfer ici !” auront résonné à nos oreilles de tranquilles petits seconds de cordée ?!?
Antoine nous terrasse une petite plate-forme en deux-deux, au travers de la corniche au pied du bastion, pendant que nous fixons la ligne de vie. Cette nuit nous resterons vachés. Je lance mon habituel “Si quelqu’un se sent de faire une soupe, j’en bois volontiers, sinon tant pis.” Finalement je bois une soupe, et sombre dans un sommeil relatif.
À quatre heures précises, le réveil nous sort de notre léthargie et le rituel commence : faire de l’eau, remplir les thermos, boire et manger un peu sans sortir du duvet. Puis ouvrir le duvet, s’habiller stratégiquement, mettre ses chaussures sans les faire tomber, plier son duvet sans le faire tomber, mettre ses crampons sans les faire tomber, récupérer son matériel sans le faire tomber… Bref, ne rien faire tomber !
C’est à moi de prendre la tête, et c’est parti pour rejoindre le grand dièdre englacé repéré la veille. 60 m de pur régal, des écarts avec le rocher, des broches qui tiennent, de vrais ancrages… enfin le bonheur ! Sauf que parfois la vie, c’est vache. Et on se demande si ce n’est pas fait exprès pour mieux vous torturer dans la longueur d’après, quand vous ramez lamentablement dans un mur de neige pulvérulente, toute corde déroulée, sans pouvoir faire relais, et que vous savez vos copains tremblants dans le mixte, avec l’impossibilité de vous entendre crier “putain ne faites pas les cons !”
Usant la vie… J’aurai tenu quatre longueurs… Antoine reprend les choses en mains (enfin ses piolets et la tête de cordée) et part à l’assaut du sommet ! Encore et toujours cette neige typique d’ici, qui vous glisse entre les doigts, improtégeable à souhait.
Ça y est, le sommet est là ! Seulement quinze mètres au-dessus de nous, mais une belle meringue déversante obstrue le passage. Prophétiquement, Antoine, pelle en bandoulière, nous creuse un tunnel de l’espace directement jusqu’au sommet ! Magistral !


Du haut de cette pyramide, 6 112 m se laissent contempler… La vue sur le sommet Est est incroyable. C’est fou, tant d’efforts pour en arriver là, et seulement le temps pour Antoine de souiller allègrement les lieux qu’il faut déjà repartir !

Nous le savons depuis longtemps, la descente est impossible par notre itinéraire de montée. Une seule solution, rejoindre le col entre les deux pics et plonger dans une face, en espérant pouvoir plonger du bon côté, et pas trop vite.
Plus complexe que prévu, la descente jusqu’au col ne sera pas pour aujourd’hui. En effet, le temps nous rattrape, déjà 15 heures et toujours à 6 000 m. Continuer sur l’arête semble délicat, basculer dans une face à cette heure tardive paraît ambitieux.
– Ici c’est large et plat, nous dormirons sans les baudriers. L’argument suffit.
Troisième nuit dans la neige, faudrait penser à essorer nos duvets…
Décalage du réveil à 5 heures : “demain, grasse mat’..!” et la nuit passe, dans un sommeil des plus approximatifs. Difficile de mettre moins de deux heures entre le fameux “c’est l’heure les gars !” et le décollage, difficile de s’activer. Pourtant il le faut, car le soleil, lui, ne verra pas la différence avec la veille, et, au premier rayon, c’est toute la face qui s’animera. Pas bon pour nous !
Deux grands rappels en face sud et premier dilemme de la journée : continuer par là, ou remonter 100 m jusqu’à l’arête et basculer en Nord ? La première option semble plus “safe” et plus facile (la face ne chauffe pas, pas de sérac, pas besoin de réescalader) mais nous coûterait trois jours… Je fais le forcing pour la deuxième.


Antoine se coltine deux mauvaises longueurs et nous ramène ainsi proche de l’arête. Encore 15 m de traversée pourrie et nous y serons. À mon tour ! Une fois dessus, plus d’hésitation, ça semble descendre en rappel : c’est parti. C’est raide, en neige, glace et rocher mais ça déroule bien, et nous sommes à l’aplomb du gros sérac, comme prévu. Malheureusement, la vie est sans répit : nos cordes se bloquent… obligé de les couper. Avec 30 m de rappel, forcément ça va moins vite. Autour de nous, ça commence à parpiner sévère. “Mais c’est l’enfer ici !”, voilà le leitmotiv, la rengaine, que n’a de cesse d’entonner Simon. Laborieusement, on atteint le gros sérac, on le traverse et on reprend nos interminables demi-rappels jusqu’au glacier, allégés d’une part importante de notre matériel, et avec toujours le sentiment d’avoir le rôle des quilles dans une partie de bowling. Il faut encore trouver notre chemin dans ce labyrinthe gelé et finalement, à 17 heures, nous sommes à notre camp avancé. Sains et saufs !
La suite ? Je vais vous en épargner le récit détaillé. Pour résumer, une scission dans le groupe : 8 heures de marche, seul et misérable, dans ces fameuses infâmes moraines pour moi (dont une heure à chercher le camp de base dans les nuages) et encore une nuit et sans réchaud pour les deux autres compères. Tout ça, à cause d’une faille décisionnelle, suivie d’une incompréhension mimétique caractérisée.

Son propre paria

Pendant ce temps-là, à peine remis de ses maux, le quatrième larron a profité d’être seul pour aller fouler le sommet nord du Paria (chaîne de montagnes attenante au Chacraraju). On pourra dire que, pour une fois, il n’a été que le paria de lui-même.
Belle motivation pour grimper cette pyramide parfaite, sortant à 5 300 m, bien visible et attirante depuis le camp de base.
De nouveau tous réunis, plusieurs options émergent dans la discussion : essayer de monter sur le Taulliraju par l’arête sud-est malgré notre grande fatigue, ou essayer de contacter les muletiers pour retrouver au plus vite un peu de confort. Dieu merci, la Providence tranchera pour nous, puisque seulement deux heures après le rude retour d’Antoine et Simon, nos dix mules apparaissent. Dix mules… à deux heures près ! Et eux qui ont galéré quatre heures à la montée avec quinze kilos sur le dos, alors qu’elles en portent facilement cinquante sans les sentir ! Et tout ça pour refaire le chemin à l’envers dès le lendemain ! Life is unfair

 

 

Inside Robin Coullet

De retour à Huaraz, juste après la douche et le restau, on file à la “Casa de guias” quémander des infos sur le Chacraraju. C’est avec un étonnement certain qu’on y apprend notre ouverture ! Les guides sont unanimes sur ce fait. Le samedi approchant, Robin, un peu frustré de la tournure des évènements précédents, nous établit une stratégie pour optimiser au mieux le temps imparti : d’abord, préparer nos affaires pour six jours en vue de l’ascension du Sphinx (en mode lourd, avec les portaledges, pour faire des images), ensuite fêter dignement notre probable ouverture, et enchaîner directement avec le trajet et l’approche vers la paroi !
Toujours stimulés par de nouveaux challenges, nous acceptons le défi. Encore dans le noir au lever du jour le dimanche matin, bercés par le boum-boum des basses de sombres boîtes de nuit, enivrés et nourris par trop de “pisco sour” (cocktail à l’œuf cru) généreusement offerts par tous les fans d’andinisme à la française de la ville, le pari semble perdu.

C’est sans compter sur l’inaltérable motivation d’un Robin et d’un Simon dopés à l’éthanol, qui, à peine rentrés à l’hôtel, nous harnachent de tout notre barda et nous poussent dans les rues. Tanguant lamentablement sous l’effroyable charge qui nous accable (et sûrement pas à cause de l’excédent d’alcool ingurgité plus tôt), nous arrivons pourtant au camp du Sphinx dans l’après-midi, après deux heures de taxi collectif (rimant avec “effondrement physique”), deux heures de taxi tout court (rimant avec ”expiration des vapeurs éthyliques”) et deux heures de titubations d’approche. L’endroit est plat, confortable et surtout irrigué, mais situé à 45 minutes de la face. Bien évidemment, nous n’avons pas de tentes : statistiquement le mois de mai n’offre que trois ou quatre jours de précipitations. Statistiquement…

Le lendemain, nous chargeons nos sacs d’eau et des portaledges et partons pour “Cruz del Sur”, une voie de libre semi-équipée, ouverte entre autres par “bubu” Bole. La stratégie est simple, grimper quatre longueurs et les fixer, hisser les sacs puis rentrer, revenir grimper quatre autres longueurs, dormir sur les portaledges puis monter au sommet et enfin redescendre. Technique lourde mais idéale pour faire de belles images sur ces 800 m de granite, ce qui tient particulièrement à cœur de notre photographe Robin.
Les quatre premières longueurs grimpées et fixées, nous hissons deux énormes sacs de vingt-cinq kilos chacun et rentrons nous reposer. Premières images tournées, Robin tout excité annonce le programme : “Demain on remontera les cordes, on grimpera jusqu’au milieu de la face et on fera un beau bivouac sur les portaledges ! Ouaihhh à demain !” Il ne se trompait pas…

 

Minuit sonne à peine que déjà l’occasion de rallumer l’appareil s’impose :
– Bon voilà, il est minuit et il pleut… on va marcher vingt minutes jusque sous un bloc qu’on a repéré, mais rien de grave, ça nous rapproche de la paroi !
Deux heures sonnent que l’occasion se présente à nouveau…
– Bon voilà, il est deux heures, le bloc ruisselle, on est trempés… On va marcher jusqu’au pied de la face où on a repéré un énorme bloc qui fait « cave », on devrait y être abrités… et ça sera déjà ça de fait ! Pas d’inquiétude, demain tout sera sec !
Il y a des fois où l’optimisme paye… cette fois n’en est pas une.
Au petit matin, l’ambiance est glauque. Il faut se résigner, la journée s’annonce humide. Changement total de stratégie ! Simon prend les commandes ; avec Robin ils montent récupérer les sacs contenant toute l’eau, et reviennent au sec sous la grotte. Nous avons désormais de quoi tenir quelques jours en flotte. Pour les matins c’est porridge, quelques barres pour la journée et un Lyoph le soir. Ça va être long. Une journée et déjà on n’y tient plus !

Robin à la caméra : “C’est décidé, mañana on tente la voie en one shot !” Ragaillardis comme jamais à l’idée de sortir de nos deux mètres carrés, on met le réveil tôt, quitte à remonter les cordes de nuit, pour finir avant les averses de l’après-midi. Mais tôt ne suffit pas. 11 h 30, à trois longueurs du sommet, la grêle s’abat sur nous.
Le moral ne suit plus, on abdique ! D’autant que la voie, bien vendue sur internet, n’est pas vraiment à la hauteur de nos espérances. Loin d’être moche, mais tout de même pas très raide. À ce compte-là, il semble préférable de grimper la proche classique de 85 ou “Intuition”, une voie plus courte mais beaucoup plus raide dans le magnifique rocher du bord droit de la face.
Trempés, nous regagnons notre abri alors que déjà le soleil revient… Décidément nous sommes maudits. Lassé de se plaindre dans l’indifférence la plus totale, Simon ne trouve qu’une solution pour faire entendre qu’il veut partir : choper une bonne angine.
Une dernière nuit dans cette nature sauvage, un petit-déjeuner au soleil et nous rentrons. Ce qui est drôle avec les bons vivants, c’est que l’alcool semble être le remède à tout. On boit pour célébrer, on boit pour oublier, certains boivent même en curatif. Pour notre spécimen, les arguments ne manquent pas ! Et il en faut peu pour nous convaincre.
Le soir même, nous sommes aux bars et festoyons allègrement. Profitons-en car le voyage tire à sa fin et les joies du retour approchent. Huit heures de bus, poireautage à l’aéroport, douze heures d’avion, la chouette surprise d’une escale de huit heures à Madrid pour Robin et Simon alors qu’Antoine et moi enchaînons directement jusqu’à Milan, où ma voiture nous attend, et où, par conséquent, nous attendons aussi…
Revers de fortune : cette escale espagnole donnera l’occasion à nos amis d’arpenter une belle bibliothèque d’ouvrages alpinistiques, où ils découvriront avec joie le magnifique tracé d’une voie de 64, ouvert par Tom Frost sur… je vous laisse deviner… le Chacraraju ! « Put*** ils ont grimpé la même voie que nous ! »

Le futur a de l’avenir

Finalement, ces cinq semaines au Pérou ont été plutôt marquantes !
On a pas mal grimpé, même si les dérèglements climatiques nous ont mis des bâtons dans les roues ; vécu de riches expériences comme sauver un ami d’une mort certaine ; fait de super rencontres avec des locaux et d’autres voyageurs, avec qui on a partagé quelques journées de grimpe ou quelques bonnes bouffes. Et enfin, le plus important, soudé de belles amitiés qui vont vite nous donner envie de repartir en voyage. Ce n’est pas ça avant tout une expé réussie ?

Conseils et remerciements

Nous sommes passés par une agence pour gérer la partie « alpinisme » de notre voyage : Aventures Andines, andean-adventures.com que l’on ne peut que vous conseiller. Hautes qualités de prestations. Merci à Marc et Magno pour l’organisation, à Paul pour la cuisine ! Et à Napo et Edgar pour les mules.

Merci aux « Bourses Expé » http://www.expe.fr
et à tous les partenaires qu’ils soient institutionnels, techniques ou presse :
FFCAM – Ville de Grenoble – Festival d’Autrans

Petzl – Béal – Terres d’aventure – Adidas – Icebreaker – Julbo – Katadyn – Vertical – Zulupack
Montagne magazine

Merci Robin, pour l’organisation, les photos et ton dévouement.
Merci Antoine, tu nous as permis de trouver la lumière au bout du tunnel. (On est quitte, on t’a empêché de rejoindre la tienne !).
Merci Simon pour les litres et les litres de… salive dépensée en débat houleux ? Non ! De bières partagées ! Et pour les rires et ta punk attitude. Et j’avoue : il est bon Nicolas Cage dans « Bad Lieutenant » (Ça sert aussi à ça une expé !)

Enfin, merci Clo pour les conseils avisés et les corrections amenés à ce petit récit !