Mwen renmen antre andan twou-wòch ! Anpil !! *

Petit rappel : c’est le pays qui a fait l’activité. La spéléologie, je n’en avais jamais fait. Une attirance pour le souterrain ? Moyen. Les joies de l’obscurité totale ? Inconnues. Une envie de première ? Un truc de « Blanc » ça.

Une expé qui se monte pourtant.

En 2009, je suis arrivée pour travailler sur un projet d’eau potable en zone rurale. A Pestel, il s’agissait de protéger de l’entrée d’eau de mer une source d’eau douce… peut-être une résurgence de cette rivière Glace qui disparaît quelque part entre les départements du Sud et de la Grande-Anse. Bienvenue en milieu karstique.
C’est avec ces éléments en tête que le choix s’est tourné vers la spéléologie. Une activité qui draine de nombreux a priori ; pour l’expédition, je n’en avais qu’un : il s’agira de randonner !

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Jusque là, j’avais tout bon !

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Pour pénétrer l’intérieur du massif, il faut passer du temps à l’extérieur. Parcourir du morne, crapahuter dans du lapiaz, se faufiler dessus-dessous les lianes, s’arrêter pour observer une mygale, questionner les paysans, se jeter dans un cours d’eau, se protéger tour à tour du soleil et de la pluie, glisser sur la boue des chemins, rigoler avec les haïtiens : tout y est.

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Et plus encore dans ce pays en-dehors.

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La semaine « Autonomie sur corde pour apprentis » dans le Vercors n’avait pas éveillé un sursaut d’intérêt pour l’activité en soi. L’expédition cependant, c’est autre chose. Elle est constituée de ce subtil mélange de clair-obscur qui vous donne une véritable envie de grottes.

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Il s’agit maintenant de pouvoir équiper un puits seule: la formation est accélérée, la tête tricote du nœud dans le sommeil, l’apprentissage est validé après quelques soirées passées autour de barreaux de chaise et de dyneema. On imagine des configurations : lapiaz ou pye-bwa*, amarrage et déviation, ça redouble de questions.
La journée mise en pratique se déroule le lendemain : c’est avec un plaisir à peine dissimulé que je réalise mon premier amarrage sans quincaillerie. Un beau tisserand tricoté avec la dyneema sur le nœud de chaise double de la corde de progression ! Finis les mousquetons trop lourds, on change de commerce !

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L’autonomie est poussée jusqu’au bout le jour suivant ; le sherpa rempli d’une corde de 30m, je passe la journée avec quelques haïtiens à la recherche de trous. Il y en a un surtout qui semble donner : le fond n’est pas bien visible, la roche lancée met plusieurs secondes avant d’arrêter sa course, son impact sur le sol résonne bien… J’ai très envie d’y aller !
Je vois bien que la déviation que je mets en place pour éviter le frottement de la corde sur le lapiaz n’est pas efficace… j’ai un peu peur. Les haïtiens avec moi me conseillent de revenir avec les autres, mais je n’ai pas envie de les attendre.
Celui qui m’a indiqué ce puits comprend ; il me regarde et sourit : « Tu veux y aller en premier, hein ? ».
L’universalité de ce sentiment avait quelque chose de rassurant à ce moment.
Oui, je voulais y aller en premier, voir ce qui se cachait dessous avant les autres, n’importe quel autre.
Non, je ne sentais pas mes amarrages suffisamment solides ; j’attendrais donc pour y retourner.
J’en descends d’autres, plus petits. Celui-là attendra demain.

Mais j’y vais quand même en premier !

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Au final, il s’agira d’un puits à deux niveaux, avec un intermédiaire plutôt fuyant ; le tout fera seulement 35m de profondeur. Une salle en-bas avec quelques concrétions, aucune continuation. Peu importe, j’ai compris que la première, c’était excitant.

Alors maintenant que la spéléo-rando fait partie de mon quotidien le temps d’une expé, on continue de pousser la compréhension des nœuds/amarrages/risques/plongée pour aller plus loin. Un amarrage foré a même contribué à l’excitation de toute une journée ! Imaginez que vous percez deux trous dans la roche et qu’au lieu d’y placer des goujons et des plaquettes (souvenez-vous, l’ultimate est atteint quand on ferme le magasin de quincaille et ferraille), vous enfilez votre dyneema sur les deux lames de la paroi que vous tissez ensuite sur chacune des boucles de votre nœud-fusion (pas de chaise-double pour le Y). Je vous assure qu’au moment où vous êtes longés à cet amarrage, vous marquez un temps d’arrêt. A regarder les quelques centimètres à peine qui constituent l’épaisseur minérale qui vous soutient à ce moment-là, vous souriez et vous ne pouvez pas vous empêcher de penser que c’est beau !

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* J’aime la spéléo ! Beaucoup !!
** Arbre

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Un chiffre et un article à lire

Un chiffre intéressant : le site des Bourses Expé a reçu 68 986 visites sur la période des 12 derniers mois. Preuve s’il en est que l’exploration, l’aventure et la découverte de la Terre et de ses habitants reste une valeur forte…

Pour les trois derniers mois, les statistiques impitoyables de webstat nous donnent plus de 220 visites par jour en moyenne !

Al Warild dans les profondeurs de Bikbik Vuvu.

N’oubliez pas que nous publions régulièrement désormais les comptes-rendus des expéditions, avec un diaporama fourni, la dernière en date étant « Vuvu 2010 » une passionnante expédition de spéléologie dans les monts Nakanaï, sur l’île de Nouvelle-Bteragne qui appartient à la Papouasie Nouvelle-Guinée. Deux mois d’explorations, de recherches, de doutes, de joies et de découvertes… (photo ci-contre)

C’est ici !

Les lauréats 2010 !

Le 23 avril dernier, au siège de la société Expé, à Pont-en-Royans, les lauréats 2010 ont été réunis avec les représentants des partenaires des Bourses Expé. Les expéditions se répartissent sur quasiment tous les continents :

– Afrique : expédition de spéléologie à Madagascar, sur la petite ile de Nosy Hara…
– Asie : le « Hunku Project » va explorer la vallée de Hunku, au Népal, et tenter l’ascension de nombreux sommets entre 7300 et 6000m, certains encore vierges…
– Amérique du Nord : deux aspirants-guides vont répéter des voies très difficiles en Alaska
– Amérique du Sud : deux projets vont s’y dérouler, l’un consiste à gravir le Pico Colon, le plus haut sommet de Colombie, qui ne peut se faire qu’avec l’aide des Indiens Kogis qui vivent au pied; l’autre va chercher s’il y a bien des canyons à descendre et à équiper en Araucanie, une région riche en lac du Chili…

Les lauréats des Bourses Expé 2010 photographiés au siège social d’Expé, à Pont-en-Royans, le 23 avril 2010. De gauche à droite : Aurélia Greff (2), Gilles Leroy, Bruno Vigier-Lafosse (5), Marie Dumont, Lucas Girard, Adrien Gilbert, Alexandra Leber, Renaud Guillaume (4), Benjamin Guigonnet, Frédéric Degoule (1), Séverine Larric et Laurent Martin (3). Les numéros renvoient aux expéditions lauréates détaillées ci-dessous.

1 – Pas de répit au Dénali
Alaska, USA. 2 mai au 2 juin 2010

Deux jeunes grimpeurs confirmés se sont lancés juste après la remise des bourses, dans la répétition de deux voies engagées de l’Alaska Range, en méthode ultra-light, en style alpin et en non-stop…
Equipe : Frédéric Degoulet, 27 ans – Benjamin Guigonnet, 22 ans.
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2 – Gonawindua
Rencontre avec les Indiens Kogis et ascension du Pico Colon
Colombie, du 11 juin au 11 juillet 2010

Le projet Gonawindua se déroule dans la région de la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie. Cette région, parmi les plus inaccessibles et les plus mal connues du globe, était le dernier refuge des indiens Kogis. Sylvain Perret et sa compagne Aurélia Greff sont prêts à repartir dans cette région pour tenter à nouveau l’ascension de cette montagne de 5.780 m très largement méconnue.
Équipe : Sylvain Perret, 36 ans – Aurélia Greff, 34 ans.
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3 – Explorations dans l’archipel de Nosy Hara
MADAGASCAR, du 15 septembre au 15 octobre 2010

Les tsingys de Madagascar sont désormais bien connus… Ce sont des paysages exceptionnels. Mais on ne savait pas encore qu’il pouvait y en avoir sur une petite île, à l’ouest de Madagascar: Nosy Hara a la forme d’un haricot et une superficie réduite : 2 km de long à peine… Explorer une île déserte et vierge, recouverte par ces forêts de pierre, tel est le rêve que s’apprête à vivre une équipe de trois spéléologues français.
Equipe : Séverine Lamic, 29 ans – Laurent Martin, 39 ans – Jean-Claude Dobrilla, 66 ans.
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4 – Hunku Project
NÉPAL, du 8 octobre au 14 novembre 2010

Six jeunes gens, deux filles et quatre garçons, tous scientifiques et passionnés de montagne et d’aventure, vont explorer la vallée de l’Hunku, au Népal, durant l’automne 2010. Cette vallée sauvage, située en marge de la région du Khumbu (le pays des Sherpa), est entourée de plusieurs sommets d’envergure dont le Chamlang (7.319 m), un sommet foulé seulement une dizaine de fois, et qu’ils vont tenter en technique alpine.
Participants : Renaud Guillaume, 28 ans – Lucas Girard, 26 ans – Alexandra Lebert, 26 ans – Marie Dumont, 26 ans – Yannick Prebay, 26 ans, Adrien Gilbert, 24 ans.
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5 – A la découverte des canyons du Chili
CHILI-PÉROU, du 3 janvir au 6 février 2010

Comment ne pas supposer qu’il y ait des canyons au Chili ? Et pourtant, cette discipline semble encore inconnue là-bas… Ce sera une véritable exploration, au vu des chiches informations disponible, malgré le potentiel élevé des vallées andines…
Leur objectif comprend également l’équipement des canyons pour promouvoir cette activité et ouvrir une perspective économique alternative aux nombreux guides qui pratiquent le raft au Chili.
Equipe : Gilles Leroy, 32 ans, Denis Brunet, 33 ans – Bruno Vigier-Lafosse, 50 ans.
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